Louis OKÉ-AGBO

Biographie

Né vers 1980 aux Aguégués (Bénin) Louis Vidjanagni OKE-AGBO est l’aîné de sa famille. Du besoin de faire un portrait souvenir, il se passionne très vite pour l’image et la photographie. Animé par cette passion, il décide de suivre de 1996 à 1998 une formation en photo et vidéo à Porto-Novo où il part s’installer. Il décroche son diplôme de monteur vidéo en 2000 et, petit à petit, se spécialise en photographie d’art, dénonçant à travers ses prises de vue les déséquilibres mentaux et le mal-être de la société.

En 2010, il obtient le premier prix de photographie du Festival National des Arts et de la Culture (FESNAC) du Bénin. Conforté dans son combat pour l’humanité, Louis OKE-AGBO met en lumière le lien étroit entre l’homme, la terre et la dégradation de son environnement par un désir croissant de modernisation. À travers ses montages photographiques, on peut apercevoir la texture des éléments telle que la terre rouge de son pays ou encore les feuilles des arbres sacrés comme un rappel au peuple de son unicité, quel que soit son genre, son origine ou sa culture.

En 2013, il crée l’atelier de réinsertion sociale et d’expression artistique au profit des handicapés au Centre psychiatrique public Jacquot de Cotonou. C’est aussi cette année-là que Louis publie son premier livre « Couche vulnérable » aux éditions Ifolor.

Il suit ensuite une année de formation doublée de recherche sur la santé mentale entre la Belgique et la France. De retour en 2015, Louis fonde l’ONG Vie et Solidarité, qu’il transforme deux ans plus tard en centre d’art thérapie, le premier à Porto-Novo, accueillant près de 25 patients. Il s’engage dès lors, moyens financiers et matériel compris, dans une lutte pour la réinsertion et la considération des personnes présentant un handicap, léger ou profond.

De Cotonou à Ségou, de Bruxelles à Amsterdam, en passant par la France, artiste photographe accompli, les œuvres de Louis sont sélectionnées dans le cadre de nombreuses expositions et dernièrement, pour les Arts du Bénin d’hier et d’aujourd’hui : de la Restitution à la Révélation, au musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain à Rabat (Maroc), qui sera exportée en Martinique pour une suite de l’exposition Outre-Mer.

Puis, c’est une participation au festival FOTO FAIR à Abidjan, suivie de Lagos Photo 2024 sur le Nigeria et au Bénin. L’année 2023 s’est terminée par le Novotel de Cotonou, pour la galerie Nov’art. ainsi qu’une exposition collective à la Fondation Cinzou, qui dureront jusqu’en 2024.

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Démarche

D’un point de vue général, tout le monde a besoin de l’art thérapie. Dans la tradition béninoise, l’environnement est mieux pensé, les éléments sont divinisés où l’homme rentre dans son jeu et devient adepte de ces éléments. Je prends en photo les différents « petits dieux » et les corps humains et je les superpose, le corps prend corps. C’est à travers ce travail que j’ai commencé à prendre conscience de la dégradation de l’environnement par l’être humain, tel que les changements climatiques suite aux besoins nouveaux de l’homme. On utilise le téléphone, on a besoin de s’habiller, de voyager, l’homme dérange les éléments et oublie le respect de son milieu.

Si la photo est un outil de soin personnel, c’est parce que j’ai utilisé ce médium pour favoriser ma reconnexion à ma culture, cet outil m’a aidé à aller à la rencontre de mon histoire et m’a ainsi permis de recréer le lien avec les autres. C’est en cela un soin que toute personne peut utiliser pour générer une sensibilisation au monde entier, un médium qui favorise la communication pour tous, enfant comme personne âgée.

À travers mes photographies, je demande à tous les humains de se superposer aux éléments pour se soigner, d’où ma photographie est thérapeutique. La sélection que je propose ici me permet d’expliquer au grand public ma démarche pour contribuer à relever davantage l’unicité entre l’homme et la nature.

Introduction à l’exposition

« Le Vodoun est un système religieux assez élaboré dont le support linguistique et le symbolisme se suffisent pour expliquer toutes ses conceptions philosophiques de Dieu (Mahu : Sèlio et Sèlissa), de l’univers (Wèkè), de la vie (Gbè) et de l’homme (Gbéto). Convaincu que l’homme est au sommet de la création et par conséquent, supérieur à tout ce qui existe, le Vodoun va sacraliser les éléments fondamentaux de la nature (Feu : Xèviosso, Terre : Sakpata, Eau : Toxosu, Air : Dan) qui rentrent dans la composition de son corps et lui fournit l’énergie de son existence. Puis, à l’instar de ces génies déifiés, l’Homme lui-même rentre dans le jeu des divinités, en tant qu’ancêtre-vodoun (Toxwio, Tovodoun-Linsu). C’est pourquoi le Vodoun accorde une importance primordiale à « l’acte de vivre » et à l’augmentation de la puissance de celui-ci. A cet effet, le lien entre le visible et l’invisible est indissoluble et reste indispensable à l’acquisition de connaissances nécessaires à l’existence humaine. Aussi le Vodoun a-t-il mis au point des techniques de communication avec le monde invisible dont le plus élaboré est le Fa (art divinatoire). En outre, cela conduit le Vodoun à élaborer deux voies d’initiation, soit en tant qu’épouse du Vodoun (Vodounsi), soit en tant qu’enfant du Fa (Favi).

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Le système de culture Vodoun, de par sa cosmogonie, sa philosophie et la puissance émotionnelle de ses rituels, amène l’Homme à s’harmoniser avec la Nature, l’Univers et l’Être suprême (Dieu). Dans cette harmonisation, l’Homme puise la sagesse nécessaire à son existence et à son évolution vers cet avenir qui demeure toutefois insaisissable. Le Vodoun traditionnel, cantonné sur la terre béninoise (anciennement danxoméenne) se retrouve sous des formes assimilées au Nigéria, Togo, Ghana et même dans certains pays sahéliens comme le Burkina-Faso (ethnie Kaboré par ex.) et le Mali (ethnie Dogon). Il a connu son expansion vers le continent américain à travers l’esclavage, en prenant d’autres formes (de libération en l’occurrence) suivant les nouveaux contextes. Il est heureux de constater que cette culture spirituelle africaine, a survécu aux tourments historiques qu’a connus le continent africain à travers l’esclavage et la colonisation, puis aux tourments révolutionnaires d’idéologie marxiste-léniniste qu’a connue le Bénin des années soixante-dix à quatre-vingts.

Toutefois, il est regrettable de constater aujourd’hui que rares sont les chercheurs béninois nationaux ou africains qui se consacrent à cette culture spirituelle typiquement africaine, la plupart des béninois lettrés, même de haut rang confondent plusieurs procédés humains d’acquisition de connaissances du terroir que sont : le « Bo » (communément appelé « gri-gri »), l’«Azé » (magie, sorcellerie), le « Fa » (l’art divinatoire) et le Vodoun initiatique (religion) et les relèguent tous au royaume du Satan, pour le simple fait qu’ils sont devenus des hommes modernes de la civilisation d’ailleurs.

Pour la reconnaissance officielle qui est faite au culte Vodoun en tant que religion à part entière avec son jour de fête le 10 Janvier, et ce, depuis les manifestations internationales de la Route de l’esclavage de 1992 à 1994 (Ouidah 92), sous l’égide de l’UNESCO, il convient aujourd’hui de discerner ce qui est véritablement au Vodoun de ce qui est au Satan. Et c’est pourquoi, nous pensons que le Vodoun, une tradition purement orale, a besoin aujourd’hui d’un apport intellectuel pour être porté à la compréhension du monde profane, pour sa pérennité et pour faire ressortir toute sa contribution silencieuse au patrimoine spirituel de l’humanité. »

Auteur : Louis OKÉ-AGBO